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10/08/2005

La Guerre des Etoiles (Star Wars)

Jedi : une nouvelle religion ?

Je suis tombé récemment sur des articles de presse rapportant que des fans de Star Wars avaient, lors de recensements, indiqués 'Jedi' dans la case religion du formulaire.
Ils étaient environ 390.000 en 2001 au Royaume-Uni, 70.000 en 2002 en Australie, 20.000 en 2003 au Canada !
Venant venir le coup, le 'Bureau des Statistiques' australien avait pourtant menacé d'une amende de 1000 $ australiens quiconque donnerait de fausses informations. Plutôt cher payé pour se dire 'Jedi' !

Est-ce la preuve du degré de crétinisation des mangeurs de pop-corn en salle obscure, incapables de faire la différence entre fiction et réalité ?
Est-ce un indice du glissement du sentiment religieux des religions traditionnelles vers un comportement sectaire, qui fait croire à n’importe quoi du moment que l’emballage est suffisamment convaincant ?
Ce serait semble-t-il un bon sujet de thèse pour un doctorant en sociologie.

Quelques rappels s’imposent.

D’après George Lucas lui-même, Star Wars est fortement 'inspiré' de la "Forteresse cachée" (1958) de Akira Kurosawa.
La trame de l’épisode 4 (premier de la série) est en effet la même : une princesse au caractère bien trempé fuit une guerre civile, pourchassée par ses ennemis du clan rival, et est aidée dans sa fuite par un preux chevalier et par deux hommes pas très malins attirés par l'argent.

Tout le côté Jedi de la saga est inspiré par le monde samouraï et le bouddhisme zen (le côté Empire relevant plutôt du monde romain et du 3-ième Reich allemand, alors que la République recycle l’imagerie traditionnelle américaine, du western au film de G.I.) :
- Le mot 'Jedi' lui-même vient du japonais 'Jidaï Geki' (drame historique télévisé consacré aux samouraïs).
- La tunique Jedi est un décalque des kimonos de tous les jours.
- L’armure et le casque de Darth Vador sont, ornements en moins, semblables à celle des chefs samouraïs.
- Les combats au sabre laser (simple ou double) sont directement dérivés des techniques de combat samouraï (sabre et lance).
- Les noms des protagonistes (Obi Wan Kenobi, Qui-Gon Jinn, Yoda, …) sont clairement d’inspiration japonaise.

La religion Jedi reprend de nombreux éléments du bouddhisme zen, pratiqués par les samouraïs afin d’avoir une meilleure maîtrise de leur 'art' (la 'voie du sabre').
Dans ce contexte, la relation maître-disciple est très importante. Le rôle du maître n’est pas d’imposer des connaissances à son élève, mais de le guider vers le bon chemin en le soumettant à des épreuves à son niveau lui permettant de progresser. L’élève doit toujours apprendre par lui-même.
L’épisode 5 développe tous ces aspects lors de l’initiation de Luke par Yoda, archétype du moine bouddhiste.
Le pratiquant du Zen doit apprendre à trouver le calme dans son esprit, à ne pas se laisser distraire par des pensées inopinées, à vivre complètement dans l’instant présent, de façon à ne pas se laisser entraîner vers des illusions trompeuses.
Une totale communion avec l’Univers doit alors permettre l’Illumination ou connaissance parfaite de toutes choses.

Dans ce contexte, la 'Force' ressemble beaucoup au 'Ki' des arts martiaux, énergie vitale intérieure et cosmique qui permet au combattant de transcender sa force physique.
Le 'Ki' est notamment considéré comme un équilibre dynamique entre le Ying et le Yang, qui sont les 2 aspects opposés et indissociables de l’Univers (à ne surtout pas confondre avec le Bien et le Mal occidentaux, comme le film le laisse croire).
'Qi-Gong' veut d’ailleurs dire 'art d’augmenter le Ki', bonne définition du rôle joué par Liam Neeson.

Comme dans tous les arts martiaux, le 'Ki' sert pour la défense ou l’attaque, mais jamais pour l’agression délibérée.
Le pratiquant zen doit ressentir de la compassion pour tout être vivant, même s’il est son 'ennemi'.
Il doit éliminer toute émotion passionnelle (amour, haine) risquant d’obscurcir son jugement et son action.
Ceci est très bien résumé par Yoda dans l’épisode 1 pendant son enseignement à Anakin :
« La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance! ».
C’est cet enchaînement, à partir de la peur de perdre Padmé, qui finira par mener Anakin du côté obscur.

Le reste de la religion Jedi respecte la plus pure orthodoxie bouddhiste (causes de la souffrance, impermanence et non indépendance des choses, règles de vie des disciples, etc.), comme pourra aisément le remarquer toute personne un peu familière avec elle.

Ce cycle de films est donc un bon travail de vulgarisation de philosophies orientales pas toujours faciles à comprendre pour des occidentaux.
Il est dommage que tant de fans soient restés à un niveau assez superficiel et n’aient pas pris la peine de s’intéresser aux concepts originels cachés derrière le mythe.
Ça leur éviterait de dériver vers des mouvements plus ou moins sectaires (new-age ou autres).

On peut regretter à cet égards les tentatives de récupération de certains mouvements 'chrétiens' (sic) d'extrême-droite, qui comparent la saga au cycle arthurien des Chevaliers de la Table Ronde.
Il n'y a pas d'influences 'arthuriennes' directes dans Star Wars.
George Lucas a par contre reconnu s'être inspiré du livre de Joseph Campbell, expert en mythologie, "Le Héros aux Mille Visages" qui démonte les principes des grands mythes 'héroïques' de l'humanité (pas seulement chrétiens).
TOUS ces mythes suivent la même progression du récit, avec les mêmes types de personnages.
"Matrix" a également repris le schéma campbellien, qu'on retrouve aussi dans "Le Seigneur Des Anneaux", "Dune" ou "Harry Potter", pour ne citer que des exemples connus.

« Recherchez la liberté et vous deviendrez esclave de vos désirs. Recherchez la discipline et vous trouverez la liberté. » [Koan Zen]

A Voir également sur le sujet:
Star Wars Origins
Star Wars Origins: Joseph Campbell
Campbell, Star Wars et le mythe
The Hero With a Thousand Faces

> sur "Matrix", une intéressante étude sur ce blog.

23/07/2005

La Guerre des Mondes

Spiel-Krieg

Le film évênement du mois de Juillet 2005 (sorti juste avant l'Independance Day) !
Bon, je ne vais pas revenir en détail sur tout ce qui a été dit ici ou là.
Ceux qui ne l'ont pas encore vu devaient être ... sur la planète Mars.

En résumé:
- oui, les effets spéciaux sont très impressionnants (la production avait les moyens, ça se voit)
- oui, Dakota Fanning est vraiment la meilleure actrice de sa génération (à suivre ...)
- oui, Tom Cruise joue moins stupidement que d'habitude
- oui, Tim Robbins est égal à lui-même (excellent)
- oui, Steven Spielberg a laissé de côté le style gnan-gnan qui le caractérise trop souvent
- oui, c'est une bonne et respectueuse adaptation du roman anticolonialiste de HG Wells (dans son esprit, car il y a d'inévitables modifications)
- oui, on sent le traumatisme post-attentats du 9/11 (les américains et leur armée ne sont plus aussi invincibles qu'avant)
- oui, les combats sont vus d'une façon beaucoup plus réaliste que dans les films de guerre habituels (l'impréparation, la fuite, la débacle, les cadavres, les abris souterrains, ...)
- oui, la fin est vraiment très 'happy end' hollywoodien (mais bon il faut quand même que les rednecks du Middle West en aient pour leur argent)

Là où je voudrais rajouter mon grain de sel, c'est sur la pertinence du message qui nous est délivré:
" même quand on est une super-puissance, avec tout l'armement le plus moderne et aucun scrupule pour s'en servir, il n'est pas possible de dominer le monde. "

Comme dans le bourbier vietnamien ou les sables irakiens, même avec l'agent orange, les satellites ou les bombes 'intelligentes', la victoire finit toujours par basculer tôt ou tard du côté des autochtones.
Finalement Spielberg fait un film plus subversif et moins pessimiste que Paul Verhoeven dans "Starship Troopers", puisque ce dernier finissait sur la défaite des insectes indigènes (lire: les indiens du Far West) face à un régime impérialiste américain.

Cet aspect est souligné par les prologues et épilogues parlés.
Là où la version de 1953 rendait explicitement grâce à Dieu d'avoir créé les microbes pour la défense du genre humain, Spielberg invoque plutôt la force symbiotique de communautés obligés de vivre ensemble (la peste et le choléra sont, malgré tout, les meilleurs alliés de l'homme !).

L'épilogue pourrait aussi bien servir pour le film relatant une guerre pas encore terminée:
"dès le moment où les américains posèrent le pied en Irak, ils étaient condamnés ..."

Finalement, en 3 films ("La liste de Schindler","Il faut sauver le soldat Ryan" et "La guerre des mondes") il nous propose une réflexion intelligente sur la guerre qui nous change des blockbusters habituels.
De quoi attendre sans crainte son prochain long métrage qui devrait traiter du massacre des JOs de Munich en 1972, et du terrorisme d'état pratiqué ensuite par les israéliens.


Note : 7/10

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